Dans un jardin où milles parfums éveillaient les sens d'un Prince engourdis par la chaleur, des yeux émerveillés contemplaient les splendeurs de la nature. Curieux mais un peu farouche, le Prince
s'en approcha doucement. Si quelqu'un l'avait vu, il ne fut pas de doute qu'il y aurait vu un voleur. Mais le Prince n'avait jamais écouté les préjugés qu'on avait essayé par le passé de lui
inculquer, et c'est ainsi que pour lui, jamais amour ne fut si beau que celui de ce matin d'été. Il y eut à jamais incrusté dans son âme, ces pupilles mordorés. Et il sut à cet instant ce
qu'était la vie, et une joie ivre s'emparai de son corps jeune et maladroit alors qu'il vit le sourire hésitant de l'être contemplé. Sa peau était brunie par le soleil et salit par la terre, et
le Prince eut mal pour le Pauvre, lui qui ne savait ce qu'était travailler.
Ils n'eurent besoin de mot pour se comprendre, et c'est avec naturel que leurs lèvres vinrent se rencontrer. A partir de ce jour, le Pauvre revint tous les matins rendre visite au Prince, là où
ils s'étaient rencontrés.
Amour. Comment de si petits mots auraient-il pu traduire l'intensité de leurs sentiments? Il était si ridicule ce petit mot, "amour", à côté de la grandeur des sentiments qu'ils ressentaient.
Il leur importait peu de savoir ce que le lendemain leur réservai. Ils n'y pensaient pas. Ils ne pensaient qu'à leurs corps enlacés, à leurs âmes soudées. Jusqu'au jour où la réalité les
rattrapa. Il était dit que deux hommes ne s'aimaient pas, et encore moins Prince et Pauvre.
A partir de ce jour maudit où la neige tombait, jamais Prince et Pauvre ne se revirent. Le roi cru les avoir séparer, mais il n'en était rien. Car dans le Prince il y avait le Pauvre et dans le
Pauvre il y avait le Prince. Car le Prince et la Pauvre ne se marièrent jamais, car le Prince et le Pauvre n'eurent jamais d'enfant. Ces femmes et enfants ne connurent qu'un corps, sans jamais
voir sa pensée. Lorsque ces corps se retrouvèrent immobiles et sans vies, alors enfin Prince et Pauvre revinrent à la vie et c'est ensemble qu'ils triomphèrent du destin. Personne ne sut l'amour
qui avait uni ces deux âmes, car lorsque l'on retrouva les corps, les gens n'y virent qu'un Prince et son assassin.