Chapitre III
Retournement de
situation
Point de vue de Anthony
Allez, bouge ton cul, réveille toi, abruti !
Les yeux de Gaël se mettent à papillonner, avant de se refermer aussitôt, ce qui m'énerve considérablement. Non seulement j'ai été forcé par ma soeur d'aller le chercher alors qu'il s'était échappé, ainsi que rater des cours, mais j'ai dû le porter jusqu'à la voiture de ma soeur alors qu'il s'était évanouie, avant de repartir en cours; ma soeur m'y ayant obligée.
Et en rentrant, j'ai eut la surprise de voir que ma famille partait chez des amis, et que je devais rester à veiller et jouer les infirmières lorsque Gaël se réveillerait. Comme si j'allais attendre que Monsieur daigne récupérer de son sommeil apparemment manquant ! Surtout qu'il est installé dans MON lit. Il ne faut pas abuser de ma gentillesse, non plus !
Je vais remplir un verre d'eau au robinet dans les toilettes, ainsi que plusieurs serviettes, que j'installe, une fois revenu dans la chambre, sous son visage. Ce qui le fait grogner. Il a du culot, celui là.
- Il faut le dire, si je te gène, je marmonne.
Je lui verse le verre sur le visage, en prenant soin de n'arroser que lui, et pas mon lit.
L'effet est immédiat. Il se relève mouillé, l'air ahuri, et furieux, regarde partout autour de lui, jusqu'à ce que son regard se pose sur moi... Avant qu'il ne le baisse, gêné.
J'examine l'importance de ses blessures : énorme hématome entre le violet, le marron, vert, et autres couleurs sur sa pommette gauche; coin de la lèvre inférieur et arcade sourcilière droite ouverte, et hématomes recouvrant son corps. Il est bien amoché. Enfin, en tout cas d'après ce que sa chemise ouverte laisse entrevoir, avec son torse dorée et légèrement musclé, où de l'eau dégouline sensuellement. Il faudrait que je vérifie le reste, ça pourrait se révéler encore plus intéressant... Non, je n'ai pas pensé cela, je n'ai pas pensé... Et merde, si, je l'ai pensé.
Foutues hormones, elles recommencent à me jouer des tours. Je ne sais pas ce que j'ai, mais depuis que je provoque Gaël avec mon nouveau look, j'ai l'impression de devenir fou. Je n'arrive pas à détacher mon regard de lui, je n'arrive même plus à me concentrer sur quelque chose lorsque je suis en sa présence. Alors que lui ne fait rien pour me séduire. A part sa déclaration, laquelle pourrait me servir à me venger. Mais allez savoir pourquoi, cela ne me tente plus trop depuis que je vois que cela le blesse vraiment, et que j'ai compris ce qu'il ressentait pour moi. Alors que c'était le but de ma vengeance. Paradoxale, non ?
Tout cela est de la faute de mes soeur, ce n'était pas possible que je sois « normal » avec elles. Le pire c'est qu'elles ont totalement convaincu mes parents que j'aimais Gaël et donc que j'étais gay. Et que ceux-ci m'ont dit qu'ils l'avaient toujours suent et m'ont donné leur bénédiction, disant qu'ils ne voulaient que mon bonheur et tout le baratin qui va avec. Mais ce qui semblait leur faire le plus peur, c'est que je sois sado-masochiste, du fait que Gaël et moi passions plus de temps à nous taper dessus qu'à nous embrasser. Je crois que mes parents sont vraiment uniques dans leur genre. Non, en fait, j'en suis sûr.
Gaël a vraiment une tête qui plaît, même avec les enfants et les parents; d'après ce que j'ai vu, ma mère à l'air enchanté par son physique enjôleur, et aurait bien jouer à l'infirmière pour lui. A se demander quel âge elle a. Les jumelles l'ont apprécier, elles aussi, comme bon nombre de personne et il a fallu les retenir pour qu'elles ne lui sautent pas dessus. Mon père, lui, n'a pas semblé apprécier son état, mais s'est abstenu de commentaire.
Je quitte son torse du regard, et vais chercher le matériel pour le soigner que ma soeur a posée sur une chaise. Gaël n'ose parler mais je vois bien qu'il se demande ce qu'il fait chez moi; dans ma chambre et entrain de se faire soigner par moi de surcroît.
- J'ai été obligé d'aller te chercher et de te ramener ici par ma soeur. Ne crois surtout pas que c'est moi qui l'ai voulu.
- Merci... Je ne vais pas t'embêter plus longtemps...
Il commence à se lever, mais j'appuie brutalement sur ses épaules pour le rasseoir.
- Ma soeur a appeler chez toi pour dire que tu restais dormir, alors maintenant dis-moi où tu as mal, et vite, où alors je te fou à poil pour...
Me rendant compte de ce que je dis et le voyant rougir, je m'arrête vivement, gêné.
- Ouais, enfin... euh... alors, dépêches !
- Je n'ai mal nul part.
- Menteur, j'ai vu une tâche de sang sur le sol, et ça ne provenait pas de ce que je leur ai fait, à ces conards.
Voyant le regard interrogateur de Gaël, j'explique :
- Je n'avais pas le choix si je voulais te sortir de là-bas, heureusement que j'avais un couteau sur moi. Ils font les gros durs, mais ce ne sont que des mauviettes... Mais ne noie pas le poisson dans l'eau, maintenant montre moi où tu as été blessé, que je désinfecte la plaie et que l'on en finisse vite avec ça.
- C'est toi qui l'aura voulu.
Oh mon dieu. Évidemment, fallait que ça tombe là. En tombant, Gaël a du s'érafler avec le couvercle de la poubelle ou un autre déchet. Ce n'est pas très profond, mais il faut le désinfecter. En plus il ne peut même pas le nettoyer tout seul, étant donné que c'est au bas du dos, jusqu'à la naissance de ses fesses.
Il pourrait être modèle pour lingerie masculine, avec son corps. Il n'a pas seulement le visage mais aussi le corps. Et dire qu'un mec comme lui m'aime MOI... S'il y a quelqu'un la haut, c'est un grand comique, à l'humour quelque peu particulier.
J'ai comme l'impression que mes pensées dérivent totalement et que Gaël est entrain de me regarder bizarrement. Peut-être parce que je regarde ou plutôt « matte » ses fesses depuis cinq minutes sans rien dire. J'espère que non, et qu'il ne l'a pas remarquer. Je vais passer pour qui, moi, après ?
Je lui lance un regard mauvais, et dit le plus froidement que je puisse :
- Pourquoi tu me regardes comme ça ? J'espère que tu ne t'imagines pas des trucs pervers, j'aurais pas dû accepter de te soigner, j'aurais dû me douter que tu essayerais d'en profiter.
Gaël me regarde, choquer, et réplique d'une voix cinglante :
- Pour que tu me haïsse plus, non merci. Quoique, ce serait difficile. De plus, je savais que cela ne te plairait pas, mais tu as insisté... Tu n'as qu'à dire à tes parents que tu m'as soigné, je ne dirais rien.
- Et s'ils vérifient ? Je n'ai pas envi de prendre de risque, alors je vais me forcer et me dépêcher. Plus vite ce sera fini, mieux ce sera.
Je prend un morceau de coton, et l'imbibe de désinfectant pour ensuite l'appuyer méchamment sur sa blessure. Ça lui apprendra à être aussi beau. Un autre que moi en aurait profiter. Je l'applique le long de sa blessure et suis étonné de ne pas l'entendre se plaindre. Je regarde alors son visage et voit qu'il a les larmes aux yeux. Il ne manquait plus que cela.
- Pourquoi être aussi cruel ? Est-ce à cause de ce que je t'ai fait ? Ce que j'ai fait à ta soeur ? Ou parce que... Je t'aime ?
Pourquoi à chaque fois qu'il me dit ce genre de chose je rougit et mon coeur bat si vite ? J'ai l'impression d'être une adolescente dans un mauvais roman à l'eau de rose. Ou plutôt La Belle et la Bête. Pas la peine de préciser qui est qui.
Mais je me vois mal lui dire que si je le déteste, ce n'est non plus à cause de ce qu'il m'a fait ou qu'il est gay, mais juste pour le principe. Je crois qu'il ne comprendrait pas vraiment, en fait, j'ai moi-même un peu de mal à comprendre.
Gaël me presse du regard, attendant une réponse, et je dis la première chose qui me passe par l'esprit :
- Je te déteste pour tout cela, mais plus encore je déteste ce que tu es.
Sauvé, je crois que je ne me suis pas vendu. Mais s'il pouvait arrêter de faire cette tête, cela m'arrangerait, car il me fait de la peine. L'idée que je suis pire que tout m'effleure l'esprit, mais je pense qu'à ce niveau là, la concurrence est dure.
*****
Je reprends mon travail, et continue ce que je faisais précédemment. J'arrive enfin à la fin de son dos, et je baisse un peu plus son jean, et légèrement son caleçon, afin de continuer les
soins.
Je change le coton imbibé de sang sec, et le passe plus lentement, se faisant presque caressant. Je passe mes doigt sur sa peau lisse, dorée, et ferme. J'entends tout d'abord sa respiration se bloquer sous la surprise, puis devenir saccadée. Je sais que je ne devrais pas faire ça, qu'il va s'imaginer des choses, et je sens que les caresses ne le laissent pas de marbres, mais je ne peux pas me contrôler. Je passe ma main sur sa peau si douce, descendant plus bat, baissant un peu plus son caleçon...
- On est là ! Anthony, où es-tu ?
Je me fige en entendant la voix de ma mère résonner dans l'appartement, puis la porte claquer. Je me relève aussitôt, le rouge aux joues, et sans un regard pour Gaël, je vais à la rencontre de ma mère.
- Maman, quelle bonne surprise ! Qu'est-ce que vous foutez là ?
- Anthony, enfin ! Me réprimande mon père. En voilà une façon de parler à ta mère. Enfin... en fait, nous nous sommes trompés de jour. C'est la semaine prochaine que nous devons aller manger chez eux, quand ils nous ont vus arriver...
Je n'écoute plus mon père, mais regarde mes deux soeurs se ruer dans ma chambre, après m'avoir jauger du regard. Pitié, faîtes que Gaël se soit rhabiller ou je suis mort.
J'entends des gloussements excités typique des filles. Je pense que si elles l'avaient vu à moitié nu dans ma chambre, la réaction aurait été d'une autre ampleur.
Je commence à me détendre quand j'entends :
- C'est moi la copine de Lionel, je ne sais pas s'il t'as parlé de moi, mais on est très amoureux. Est-ce que tous les membres de la famille sont aussi beau que vous deux ? Lionel est très différent de toi, il est plus du genre timide, un peu gamin, et beau, bien sûr. Mais toi tu es plus du genre beauté mature, sensuel, sexy...
- Même ta voix semble érotique...
Je boue de rage. Sans plus attendre, je fonce dans ma chambre, laissant mon père parlé dans le vent.
- Calypso, arrête tout de suite de draguer Gaël, ce n'est pas de ton âge...
- On n'est plus à la préhistoire, bougonne celle-ci.
- Et tu as déjà un copain ! Qui plus est, son frère ! Je réplique, outré. Et toi Pearl, tu crois que ça se fait de dire à son élève qu'il a une voix érotique ? En plus, c'est faux !
- Quand je disais cela, ce n'était pas à mon élève mais au petit ami de mon frère.
- Je...
- Futur.
Nous regardons tous Gaël qui vient de prendre la parole, étonnés. Il reprend, un sourire aguicheur et sûr de lui :
- Oui, futur petit ami.
Pearl devient rouge brique, un sourire au lèvre, tandis que Calypso sautille sur place, la main devant la bouche, mes parents qui m'ont suivis pour prendre des nouvelles de Gaël émettent un petit « Oh » surpris, les jumelles jusqu'alors endormis, mais réveillées par le bruit se jettent dans les bras de Gaël, le surprenant, et moi je ne dit rien. La seule chose qui me vient à l'esprit est « Je crois qu'il m'a capté ».
Point de vue de Gaël
Anthony me regarde, ahuri et bouche bée. Qu'est-ce qu'il croyait ? Après ses caresses, je suis remonté à bloc ! Je ne dis pas qu'il soit amoureux de moi, non. Il est trop tôt pour cela. Mais que je ne lui suis pas indifférent, j'en suis persuadé. Je lui fait un clin d'oeil coquin et me retourne vers Calypso. Mon frère a bien de la chance de sortir avec cette jolie fille, elle pourrait trouver tellement mieux... au coin de la rue par exemple.
De plus elle semble douce et gentille, bien qu'un peu hystérique. L'émotion sans doute, ou alors c'est dans les gênes... D'ailleurs en parlant de gênes, les parents de Anthony n'ont pas eut l'air de trouver mes paroles choquantes. J'espère seulement qu'ils ne vont pas prévenir mes parents, mais je préfère éviter d'y penser.
Les deux filles gloussent autour de moi, tandis que les deux jumelles me réclament « des câlins » que je leur accorde. Il semblerait qu'il n'y ait qu'Anthony de farouche, dans la famille. Je regarde quelque peu surpris mon professeur. Je découvre une nouvelle facette de sa personnalité. L'espèce humaine est vraiment très intrigante, mais le fait qu'elle soit la soeur d'Anthony et qu'elle soit pour notre couple joue évidemment en sa faveur.
Je vois les parents partir se coucher avec les jumelles. Anthony, quant à lui, n'a pas bougé d'un pousse. Comme l'on dit « En amour comme à la guerre, tous les coups sont permis », hors ce proverbe nous convient à la perfection, car il définit parfaitement nos deux sentiments. Pas la peine de dire qui ressens quoi.
Je profite donc de cet instant de faiblesse dans un but tout à fait louable : le faire succomber à mon charme ravageur - charme qui n'a, pour l'instant, pas eut l'air de faire grand effet, à mon plus grand désespoir.
Je me lève brutalement, prend Anthony par les épaules et l'entraîne dans sa chambre; celui-ci me regardant les yeux horrifiés, mais il est toujours trop choqué pour protester. Avant de lui laisser le temps de réaliser ce qu'il se passe, je l'allonge sur son lit et me place au-dessus de lui. J'outrepasse le fait que cette chambre sente le moisit et soit d'une laideur décourageante, pour pour aller effleurer du bout des lèvres son cou. Je constate qu'il ne sens aucun parfum, juste son odeur à lui, qui m'apaise et me rend fou à la fois.
Je le sens se tendre sous moi et j'essaie de le décrisper. J'ai vu ce matin la lueur de désir dans ses yeux. J'en suis certain, je sais différencier mes fantasmes et la réalité. Par exemple : j'aimerais que moi et Anthony sortions ensemble, qu'il m'aime... et que l'on fasse ce que les gens font lorsqu'ils s'aiment. L'amour, quoi. Ceci est mon fantasme, mon désir le plus ardent. La réalité est en fait qu'il va bientôt m'aimer, et que nous sortirons ensemble d'ici peu de temps... D'accord, dans un peu beaucoup longtemps en fait. Mais je pars du principe qui est qui ne tente rien n'a rien... et qui ne dit rien consent.
C'est le coeur battant à une vitesse affolante et l'estomac retourné, que je caresse son visage du bout des lèvres, mes lèvres toutes près des siennes. Mes cheveux tombent délicatement dans son cou et ses yeux troublés ne semblent vouloir se détacher des miens - à mon plus grand plaisir. Je coupe finalement ce lien pour embrasser délicatement son front, puis ses yeux, ses promettes,... La respiration régulière d'Anthony me coupe dans mon élan.
Je me défait du coin de son corps collé au miens, pour aborder le visage du bel, endormi. Après un soupire de frustration, je m'allonge à ses côtés. Je vais pour quitter le lit, ayant peur de céder à la tentation de profiter légèrement d'Anthony, quand je sens ses bras se refermés sur mon torse, son visage se frottant adorablement dans mon dos. C'est bien la première fois que je suis content d'être pris pour un coussin !
*****
- Clic ! Clic !
- Non, je veux pas me couper les cheveux !
Le coeur battant, je regarde autour de moi, et ne reconnais pas les lieux. Je me rappel d'où je me trouve en voyant Anthony à mes côtés semblant cauchemarder et se battre contre des démons invisibles, et ses soeurs avec... un appareil photo à la main ?! Celles-ci ne semblent pas s'être aperçu de mon réveil, parlent entre elles.
- Quand je vais les montrer à mes copines...
- Moi je vais les envoyer à mes copines en Angleterre, ce sera un bon argument pour les convaincre de venir me voir. Tu crois qu'ils l'ont fait ? J'espère pas, je voudrais prendre des photos pendant ce temps, tu vois ?
Je sens Anthony bouger à côté, et je le vois bouche bée, les yeux exorbités. Il s'est réveillé, apparemment et il a l'air un peu bête, là. Heureusement que je l'aime sinon je me serais moqué allègrement de lui. Petit chanceux, va !
Alors que les deux jeunes femmes continuent dans leur délire ma foi un peu effrayant venant d'elles, Anthony se jette sur elle, afin de leur volé l'appareil photo. Alors qu'elles le mettent à une hauteur trop élevée pour Anthony, je me place derrière elles et le leur prend des mains.
Ça m'est égal que des anglaises le voit, mais je ne veux pas prendre le risque que ça passe par mon petit frère. Je prend la carte mémoire et leur rend l'appareil photo.
- Désolé mais je ne peux pas laisser voir ces images à n'importe qui. Vous ne voudriez pas que mes parents l'apprennent quand même ? Parce que je peux vous dire que mon frère ne se gênera pas pour se moquer de moi, puis me faire du chantage jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien à demander et qu'il me balance.
Elles se regardent puis avec un regard entendu me sourient.
- On n'y avait pas pensé, s'excuse Pearl.
- Et si un jour ton frère l'apprend, tu peux compter sur moi pour te défendre et faire tout pour qu'il ne dise rien et ne se moque pas de toi, affirme Calypso avec force.
- Et je peux t'assurer qu'elle est très persuasive !, renchérit mon professeur.
Je suis touché, et je regrette à cet instant de ne pas avoir des soeur comme cela - allumées mais si gentille.
Je suis sûr que si Anthony découchait, toute la famille serait affolée. Alors que moi je pourrait partir durant trois jours sans les prévenir, qu'ils ne s'en apercevraient même pas. Je sais que s'ils ne travaillaient pas, je n'aurais pas tous les privilèges que j'ai, mais un peu d'attention ne ferait pas de mal. Des fois, je me demande si s'ils apprenaient que j'aime un homme, ils seraient vraiment choqués.
- Allons prendre le petit déjeuner, voulez-vous ?
Nous allons ensemble dans la petite cuisine, aux murs verts pommes, où des photos de la famille recouvre le mur, avec des notes tels que l'âge ainsi que l'occasion pour laquelle a été prise la photo.
Je ne peux retenir un sourire attendrit en voyant Anthony à cinq ans sur un tricycle, puis j'éclate franchement de rire en voyant Anthony déguisé par ses soeurs en princesse à l'âge neuf ans. En voyant le pourquoi de mon hilarité, Anthony, rouge de honte, se met devant la photo afin de la cacher.
Alors qu'il me force à prendre place à table, Calypso me murmure à l'oreille.
- Je t'en ferais développer quelques unes si tu veux, maman a garder les négatifs.
Je hoche la tête et la remercie silencieusement, ce qui me vaut un sourire radieux. Ce n'est pas moi qui devrait être content ? Pas que je ne le sois pas, mais elle là, on dirait qu'on lui a annoncé que Noël était à l'avance cette année... Il en faut peut pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux...
Anthony va se laver, me laissant avec ses deux soeurs déjà préparées. Lesdites soeurs le boude car il n'a pas accéder à leur demande de me laisser me laver avec lui. J'ai la décence de ne pas les suivre, et donc d'éviter de faire réduire mes chances de le séduire à néant.
Disparu du champ de vision, les deux soeurs prennent un air conspirateur. Elles se murmurent quelques mots aux creux de l'oreille avant de se retourner vers moi.
- Ne t'inquiète pas, la prochaine fois que tu viendras, on aura la deuxième clé. Et elle t'es réservé. J'adore ces filles. Même si cela ne fait que renforcer ma culpabilité envers Pearl, qui elle à l'air de tout avoir oublier.
Une fois doucher et habiller, Anthony m'annonce avec grande gentillesse :
- Bon, apparemment on va être obliger de te déposer. On te déposera avant, pour que personne ne sache que tu es venu dormir chez moi.
Son ton est froid, sans réplique. J'aurais dû profiter plus de lui la nuit dernière, parce que je ne crois pas vraiment qu'une telle occasion va se reproduire de si tôt.
*****
Je ne suis pas jaloux, je ne suis pas jaloux, je ne suis pas... Non mais je rêve, là ?! Pourquoi cette bimbo au Q.I d'un poisson rouge a le droit de lui caresser les cheveux ? Moi si j'essayai une telle chose, j'aurais une belle trace de main sur le visage. Non, franchement, qu'a-t-elle de plus que moi ? C'est juste une fausse blonde, aux yeux de biches caca d'oie, le visage peinturluré de maquillage, une poitrine beaucoup trop grosse pour être naturel – ils ne bougent même pas quand elle court ! - habillée d'un jean taille basse laissant voir son string et d'un débardeur au décolleté pigeonnant, des échasses pour talons... Je ne suis pas de mauvaise fois, ici on est au lycée, pas dans une maison close ! Je suis sûr qu'il n'y a que le train qui n'est pas passé sur elle – à mon plus grand désespoir. C'est une honte de s'habiller comme ça !
Et pourquoi, elle, elle a le droit de s'asseoir à côté de lui, hein ? Il le fait exprès pour m'énerver, ou pire, il se moque de ce que j'en pense ? Et pourquoi le professeur ne dit rien ? On entend se gausser l'autre péripatéticienne à trois kilomètres à la ronde.
Les cours s'enchaînent ainsi, et alors que je vais à la cantine, je la vois s'asseoir à côté de lui avec sa cour. Je vois une bande de filles ni extrêmement jolie ni laides me faire signe de la main. Je n'y avais jamais fait attention jusqu'à aujourd'hui, alors qu'elles sont pourtant dans ma classe, il me semble. Je pose mon plateau à leur table et elles me font une place pour que je m'assois.
L'une d'elle regarde méchamment les filles que j'exècre tant autour de mon chéri et entame une discussion animée.
- Je n'arrive pas à croire que cette dinde face du rentre-dedans à Anthony ! Il y a quelques jours, elle était la première à le critiquer ! Tu n'es pas en colère, Gaël ?
Je rougis furieusement, et essaye de reprendre mon calme tant bien que mal. Je vais répondre, lorsque j'entends une autre parler :
- T'abuse, là, Amy ! Arrête avec tes sous-entendus.
Ladite Amy fusille son amie des yeux, tandis que l'autre les lèves au ciel.
- Quels sous-entendus ? J'ose finalement demander.
- Elle pense que tu es gay, m'explique une autre.
Amy, le rouge au joue, parait très gênée. Presque autant que moi, et nous bessons tous les deux la tête sous le regard inquisiteur des autres.
La pauvre semble vraiment malheureuse. Je lui fait un sourire pour la réconforter, et elle se permet alors un regard vers Anthony. Ah ! Où sont les jeunes filles pures ou normalement constituées qui ne s'occupent pas des affaires des autres ? Bon, les deux autres filles semblent a peu près normal, alors je fais comme elles : je rigole de ses paroles.
Elle me fixe, n'osant certainement rien dire de plus, de peur de se ridiculiser, mais souhaitant sûrement que j'avoue tout. Je les connais à peine et en plus, je ne suis pas gay - j'aime Anthony -, nuance. alors il en est évidemment hors de question.
Le reste du repas se passe sans incident et je commence même à sympathiser avec elles - même si les regards insistants de Amy sont parfois gênants. Dans ce groupe de trois, il ne semble pas y avoir de meneuse. Amy semble relativement timide, et les deux autres, Mélinda et Emeline exubérantes et passent leur temps à rigoler de tout et de rien. Leur bonne humeur est contagieuse, et je me vois rire à leurs bêtises. Physiquement, elles sont toutes les trois brunes aux yeux marrons, même si sont toutes les trois différentes; Amy a les cheveux mi-longs et raides, tandis que Mélinda les a frisés et que Emeline les a coupés courts et raides.
Amy est la seule à me demander pourquoi je n'étais pas là hier, et pourquoi je suis blessé... Si elle savait, elle ne me lâcherait plus. Mais je suis flatté qu'on se préoccupe de moi.
Je ne vois pas le temps passé, et alors que les cours recommencent, je me vois assis d'une Amy décidée à me faire cracher le morceau.
- Allez, Gaël ! Tu peux me le dire, tu sais ? Si tu ne veux pas que les autres le sache, je ne le dirais pas aux autres, même pas à mes copines ! Pourquoi ne veux-tu...
Je suis sauvé par le gong, ou plutôt l'entrée de Pearl dans la salle. J'avais oublié que j'avais anglais. Celle-ci passe de moi à Anthony avec une étrange expression dans le visage, alors qu'elle fait l'appel. Amy semble s'en être aperçu et fronce les sourcils.
*****
Alors que le cour touche à sa fin, Pearl me fait un clin d'oeil et annonce.
- Prenez tous vos agenda. Je vous donne un exposé à faire à chacun sur des sujets ayant un rapport à l'anglais de votre choix. Cela peut être une
ville, de la nourriture, la culture, un livre, ou quoi que ce soit d'autre. Évidemment, il devra être écrit en anglais. Vous ne passerez pas tous à l'oral. L'exposé sera fait par binôme que je
choisi.
Des cris contestataires se firent entendre, mais elle fit comme si elle n'entendait rien.
- Vous devrez rendre un dossier pour deux, continua-t-elle. Et il devra faire au minimum dix pages. Et pas écrit en gros, s'il vous plaît ! Donc, commençons : Anne Lecert, tu seras avec Mélodie Minan.
- Non, madame, s'il vous plaît ! On ne peut pas se supporter ! On se hait ! Pleurniche Anne.
Le reste n'est que jérémiades, râlement et insatisfaction.
Alors qu'il ne reste plus que moi, Anthony, Linda, et Cyril, un garçon à l'odeur nauséabonde et que tout le monde fuit, je comprend le sens du clin d'oeil.
Comme je m'en doutais, moi et Anthony sommes mis ensemble alors que Ciryl et Linda sont mis ensemble. Je suis content de ne pas avoir Mademoiselle Pearl comme ennemie, en fin de compte.
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