Chapitre II
Les hommes ne pleurent pas
Aurélie, arriva le lundi matin pour la cinquième fois dans une BMW, rayonnante. Elle s'était vite remise de la rupture avec Hugo. Pour elle, le scandale du bar n'était plus qu'un vague souvenir, contrairement à son ancien copain qui déprimait.
- Alors, Aurélie, comment vas ton vieux pervers? Il paye toujours aussi bien? attaqua Marc, afin de soutenir son ami effondré.
- Ce que tu peux être drôle ! Pas étonnant que tu sois célibataire. Et sache que c'est un vrai gentleman et qu'il attend sûrement le moment propice pour me donner notre premier baiser. Ce n'est pas comme avec mon ancien bon à rien de petit ami qui ne pensait qu'à faire l'amour. C'est un homme, lui, et il le sait. Il n'a pas besoin de jouer la comédie pour le prouver.
Hugo rougit, tandis que ses amis s'indignaient. Mais Valerian qui avait vaguement suivit le début de la conversation, n'écoutait plus.
Mathilde venait d'apparaître devant lui, un manteau noir serré autour de ses frêles épaules, ses cheveux roux encadrant son visage blanc et du brillant à lèvre couleur pêche aux lèvres, nouveauté chez la jeune fille.
Valerian su à son regard inquisiteur qu'elle voulait lui parler, que l'heure de la confrontation avait sonné... Il su aussi qu'il ne pourrait la quitter, cette jolie fille pour qui il éprouvait la plus tendre affection. Et même si il ne l'aimait pas, il espérait qu'elle puisse l'aider à un jour ressentir des sentiments plus fort que de l'amitié pour elle. Ainsi qu'elle puisse l'aider à oublier June.
Elle se rapprocha de moi en souriant timidement et vint l'embrasser, hésitante. Le baiser fut d'abord chaste, mais Valerian ne pouvait convenablement pas s'arrêter là. Alors que leurs langues se mêlèrent l'une à l'autre, il essaya de chasser toute pensée de son esprit... Sans y parvenir. La présence de June le hantait. Le baiser lui semblait interminable, amère, et vide de sens.
Il ne savait plus, maintenant, s'il serait un jour capable d'aimer une autre personne que June. La passion était éphémère, disait-on... cette certitude comme toutes les autres s'étaient envolées.
Puis le baiser prit fin, leurs amis sifflèrent de façon suggestive, faisant rougir Mathilde de gêne.
- Eh bien, tu vois, Mathilde. Je t'avais bien dit qu'il suffirait que tu te montre plus entreprenante avec lui pour que tout rentre dans l'ordre. Aussi mignon soit Valerian, il reste un homme, plaisanta Aurélie, faisant rire toute la bande d'amis.
La sonnerie annonçant le début des cours retentit alors. Après un dernier baiser, Mathilde et Aurélie quittèrent les garçons qui avaient cours de sport.
- Allez, Hugo, bouge-toi ! C'est pas comme ça que tu vas la récupérer !, s'énerva Marc voyant que son ami continuait à rêvasser alors que les Cyril et Valerian commençaient à partir, se dirigeant vers le gymnase qui se situait à environ cinq cent mètres de leur lycée.
Cette remarque sembla réveillé Hugo qui les rattrapa aussitôt, faisant s'esclaffer les garçons.
ooOOoo
- Ô, Aurélie, soleil de mon coeur, je n'ai jamais cessé de t'aimer... alors s'il te plaît pardonne-moi... Après tout, je ne t'ai trompé qu'avec trois filles !
- Oh, c'est bon, vous ne savez pas ce que c'est, vous... s'exclama Hugo, vexé des moqueries de ses amis, et surtout de Cyril qui l'imitait d'une façon très humoristique.
- De quoi ? D'avoir un sexe à la place du cerveau ? Ou de s'aplatir de façon pitoyable devant son ex qui a trouvé cent fois mieux ?
- Non, d'aimer ! S'écria le jeune homme, indigné.
- Allons, avec une fille comme Mathilde, je suis sûr que Valerian doit être fou amoureux, n'est-ce pas ? Demanda Marc.
Valerian hocha la tête et dévier le sujet de la conversation, mais Cyril enchaîna :
- Ouais, nous on croyait qu'il y avait un problème grave, genre à cause de ton frère ou ta mère, mais là, on a compris. Si le film porno t'as énervé, c'est parce que t'étais frustré de pas pouvoir coucher avec elle, non ?
- Non !
- Oh, allez, ne mens pas, ricana Hugo, profitant que ce ne soit plus lui le centre de l'attention. Mais ne t'inquiète pas, à mon avis, l'avoir évité ainsi durant plus d'une semaine à du la faire réfléchir. Et vu son comportement tout à l'heure, elle a l'air d'être prête pour passer aux choses sérieuses !
- C'est clair.
Valerian blanchit et accéléra le pas pour les semer, ainsi que les faire taire.
- Bon, on y vas ? On va arriver en retard, s'énerva-t-il.
Des rires accompagnèrent sa déclaration, mais ils n'ajoutèrent aucun commentaire.
ooOOoo
En basket, sport où Valerian excellait, le jeune homme se défoulait. Il évacuait son stress ainsi que ses inquiétudes qu'il avait laissé au vestiaire. Ses amis, même si leurs aptitudes en ce sports n'étaient pas aussi élevées que celles de Valerian, se défendaient bien.
Mais Hugo prenait cela trop à coeur, allant jusqu'à insulter ses adversaires. Habitué à son caractère, Valerian ne réagit pas jusqu'à ce qu'il entende :
- Sale pédale !
Valerian ne dit rien, mais il était troublé par l'insulte de son ami. Son manque de concentration lui valu de rater un panier accompagné de plaintes de la part de ses coéquipiers. L'arbitre siffla la fin du match, annonçant la victoire de leur équipe. Deux autres équipes vinrent les remplacés sur le terrain, tandis qu'eux allèrent se rafraîchir dans les toilettes.
Alors que les garçons commentaient leurs match, Valerian s'exclama brutalement :
- Pourquoi l'as-tu insulté de pédale ?
Hugo leva les yeux aux ciels, puis remplit ses paumes d'eau qu'il but avidement.
- Attend, Valerian, d'où tu sors ? Tout le monde sait que cet enfoiré de tricheur est pd ! Tu ne l'as jamais vu se faire tripoter par son copain, à la récré ? Ils ont même failli se faire exclure, mais son père a menacé de porter plainte contre le proviseur pour homophobie, si tel était le cas.
- Ouais mais c'était pas sympa de l'insulter sur sa sexualité. Et je ne savais pas que tu étais homophobe...
Cyril se colla contre Valerian et lui passa un bras sur les épaules.
- Et revoilà Valerian, le sauveur de la veuve et de l'orphelin ! T'es vraiment trop gentil, tu sais ? Heureusement qu'on est là, parce que sinon tu te ferais piétiner par des gens sans pitié. Sérieusement, on s'en fou qu'il se fasse baiser par un mec... même si je trouve ça franchement répugnant ! Le but était simplement de le déconcentrer pour gagner !
- Et ça a marché, même si on en avait pas besoin, ricana Marc. Allez, fait pas cette tête, Val, c'est pas si grave que ça.
- Il a déjà du oublier, lui. De plus, ça doit pas être la première fois qu'on l'insulte sur ça ! Faut assumer ce qu'il est, hein ! Ajouta Hugo.
Valerian ne dit mot, chaque mot le meurtrissant un peu plus. Il avait envi de leur crier d'arrêter... Mais il ne pouvait. Alors il encaissait chaque coups, honteux de ce qu'il ressentait.
ooOOoo
- Très bien, les enfants. La semaine prochaine, n'oubliez pas que je suis à un stage et que donc vous n'aurez pas cours. Vous pouvez y aller, à dans deux semaines.
- Merde, pour une fois qu'on fait intéressant, la prof est absente. En plus, après basket, on aura tennis de table, fait chier, jura un garçon d'une autre classe.
Ils rejoignirent ensemble le vestiaire où Cyril, Hugo et Marc commencèrent à se déshabiller. Valerian détourna les yeux. Non pas que les voir nus pu l'exciter d'aucune façon, mais il avait peur. Peur que s'il les regardent ils se doutent de quelques choses, peur que s'ils l'apprennent qu'il était attiré par un homme, ils utilisent cet argument contre lui.
- Ben, Valerian, tu te laves pas ? Questionna Marc en voyant que son meilleur ami était toujours habillé, tandis que les autres garçons étaient déjà sous le jet d'eau.
- Non, je préfère me laver à la maison, mon frère va encore gueuler si j'arrive trop tard. Tu sais comment il est...
- Putain, il fait chier, Simon ! Je voulais que tu vienne jouer chez moi... Bon, je te téléphone en arrivant chez moi, je convaincrais ton frère.
- Ouais, merci. A ce soir.
Marc rentra dans la douche commune, Valerian mit le plus de distance possible entre lui et cet endroit.
Il arriva une vingtaine de minutes plus tard chez lui. Il couru jusqu'à sa chambre, pour y jeter son sac à dos, sous l'oeil ébahit de son frère qui le vit passer à toute vitesse devant lui sans s'arrêter, le visage défait.
- Valerian, que se passe-t-il ? Demanda Simon en passant la tête dans sa chambre.
L'adolescent ne répondit rien, prit un t-shirt blanc et un jogging vert kaki troué servants de pyjama et alla se faire couler un bain, suivit de son frère.
- Eh, je te parle, Valerian ! S'énerva celui-ci.
Valerian lui ferma alors la porte au nez à toute vitesse, Simon tambourina à la porte de la salle de bain. Valerian essaya de se contenir encore... juste une peu plus le temps... le temps de se déshabiller. Mais des sanglots assaillirent ses yeux et ses lèvres; il déchira des boutons de son pull et enleva aussi vite qu'il le pu le t-shirt restant, puis son boxer.
Il rentra alors dans l'eau, plongeant son visage dans l'eau chaude. Il retenu sa respiration, les paroles de ses amis tournant en boucle dans sa tête, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus tenir. Les traces de sa faiblesse avait été balayée, mais de nouvelles apparurent.
- Les hommes ne pleurent pas, seules les tapettes le font. Je suis pas une tapette, j'aime ma copine. C'est vrai, je l'aime...
Tout en disant cela, un sanglot fit tressauter son corps recroquevillé, de nouvelles larmes se joignant à l'eau.
De l'autre côté de la porte, un homme alarmé et impuissant entendait son frère pleurer, et il se maudissait de ne rien pouvoir y faire, le dos collé à la porte et la main crispée sur la poignée de la porte.
Les hommes ne pleurent pas. Pourtant, ce jour-là, deux hommes de la même maisons pleuraient à l'unisson, en proies aux cruels sentiments de l'amour.
ooOOoo
- Ca va, Valerian ?
- Ouais.
Tant mieux. Au fait, s'exclama Simon, d'une voix enjouée. Marc a appelé tout à l'heure pour que tu ailles chez lui à sept heures et demi, j'ai accepté, tu peux même dormir chez lui.
Valerian releva la tête de la télé et regarda son frère assis à ses côtés, sur le canapé. Simon, le voyant, s'essaya un léger sourire. Valerian comprit qu'il faisait des efforts, et même s'il aurait préféré qu'il refuse, il hocha la tête.
Cela suffit à Simon, qui lui ébouriffa sa longue tignasse avant d'aller se renfermer dans sa chambre. Valerian resta quelques instants là, à regarder leur petite télé, leurs murs jaune poussin; dénués de décoration, de passé.
Puis il se leva du canapé miteux et alla jusqu'à la chambre au fond du couloir menant aux chambres.
- Maman ?
Sa mère était assise dans son lit, plongée dans l'obscurité.
- Que fais-tu, maman ? Demanda doucement Valerian, ferma la porte et alla s'asseoir sur le rebord du lit.
- Je pense à ton père.
Elle lui tournait le dos, comme depuis maintenant cinq ans. Il lui embrassa le haut de son crâne, la bouche sèche. Il s'était toujours demandé pourquoi il avait récolté des cheveux bruns et des yeux noisettes de sa mère et non des yeux châtains et des yeux clairs de son pères, comme son frère. Alors peut-être aurait-il pu avoir droit à l'amour de sa mère, celle qui s'était montrée si affectueuse avec lui pendant son enfance. Si la mort de son père l'avait chagriné, perdre sa mère avec avait comblé son sentiment de solitude et l'avait ensevelie sous un mont de peines.
- Je vais chez un ami, à demain maman.
- Ton frère m'a dit que tu ne mangeais plus. Nourris-toi bien.
- Oui, maman.
Il quitta la chambre en silence, et après avoir prit des affaires des rechanges et ses cahiers pour le lendemain se mit en route.
- Ah, Valerian, génial ! Ton frère a été super cool, sur ce coup-ci, je suis soufflé ! Dès que je lui ais promis qu'on n'avait aucun contrôle demain, il a accepté que tu viennes, disant que cela serait bien pour toi de souffler un peu.
Marc laissa entrer son ami et Valerian posa ses sacs à côté du divan. La mère du jeune homme noire se montra et alla faire la bise à Valerian.
- Ah, Valerian, ça fait plaisir de te voir. Je suis désolée, mais vous n'allez pas pouvoir jouer aux jeux vidéos, comme prévu. Mon mari et moi avons appris que Marc avait séché les cours plutôt régulièrement ces temps-ci, du coup, il est puni. Tu ne fait pas ça, toi, Valerian ? S'enquit-elle, inquiète.
- Non, madame. Jamais.
- Lèche botte, murmura Marc.
- Marc, je t'ai entendu, gronda sa mère. Désolée de te punir, fit-elle à l'adresse à l'ami de son fils. Pour la peine, nous avons commandé des pizzas, elles devraient arriver dans un quart d'heures. Je dois rejoindre mon mari au cinéma dans... Oh, même pas une demie-heure, s'exclama-t-elle en regardant sa montre. Bon, je file, amuses-toi bien, Valerian. Et toi, Marc, profites-en, parce que dès demain, je vérifie tes devoirs.
Elle prit son sac à main, son manteau, et les laissa seuls dans la pièce. Dès qu'il fut certain que sa mère était partie, Marc s'exclama alors :
- Bon, c'est pas tout, mais je vais devoir y aller.
- Quoi ?
- Fais pas cette tête, Valerian, je t'offres la chance de ta vie ! J'ai appelé Mathilde, elle arrive dans cinq minutes. Je vais chez Cyril jusqu'à dix-heures, mes parents arriveront pas avant vingt-trois heures. En attendant, vous pourrez faire tout ce que vous souhaitez.
- C'est sympa.
Valerian déglutit et sourit à son ami.
Les hommes ne sont pas libres.
Les hommes ne peuvent pas pleurer, les hommes ne peuvent pas aimer les autres hommes... et encore moins les meurtriers.
Mais Valerian n'était pas un homme. Pas encore... Mais Mathilde allait l'y aider.
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